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A chaque jour suffit sa peine

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         Aujourd’hui je ne m’en sors pas. Le sommeil me fuit sans relâche depuis maintenant une éternité, et il laisse le noir de mes cauchemars m’engloutir sans pitié dans le froid de mon désarroi. Je me rappelle de plus en plus mes origines, et je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il m’a pris de venir faire mon voyage par ici.

Père n’est plus dans les parages depuis longtemps, et pourtant je ne dors toujours pas.

Parfois je me perds dans mes pensées au sujet de l’humanité et je me pose des questions. Les gens ne vivent que pour leur paraître, la plupart du temps. Ils n’ont cure de la personne assise juste en face d’eux. Ils vivent par procuration ce qu’il se passe autour d’eux ou plus précisément sous leurs yeux, sur leur écran de téléphone. Oui, ils ont réussi à évincer toute forme concrète de communication entre eux et ne vivent qu’à travers écrans interposés.

J’avoue y avoir pris goût moi aussi, et parfois j’ai honte de vivre mon cauchemar en version accélérée en m’attardant sur les inepties de gens inconnus et qui m’empêchent de connaître ceux qui sont à côté de moi. L’humanité meurt, tout est sauvagement critiqué. « il faut faire comme ceci ou comme cela », prônent-ils derrière leur clavier. Ah bon ? Et selon qui ? Ils se mêlent de tout. Tout est sujet à débat et à discorde. Et parmi ce flot de gens qui savent balayer devant la porte des autres mais toujours pas devant la leur, je cherche encore les restes de ce qui pourrait être de vrais humains.

Ils sont vraiment loin de ce que l’on m’a décrit pendant longtemps. Et même dans leurs films, ils se font passer pour les êtres extraordinaires, pleins de compassion et d’empathie. Tu parles ! Ils arrivent à se bouffer entre eux ! Ça, c’est vraiment quelque chose. Ils sont pleins de vanité et leur narcissisme frôlerait presque la stratosphère.

La colère m’envahit chaque jour un peu plus. Tiens ? Une émotion ?

Ne vous méprenez pas ; en tant que visiteur, et au cours de ces nombreuses années passées avec eux, j’ai moi aussi développé certains comportements semblables aux leurs que j’essaie de canaliser. Qu’elle ne fut pas ma honte lorsque j’ai ouvert les yeux et vu que je leur ressemblais à bien des égards ! J’ai donc décidé de n’en faire qu’à ma tête et d’avancer selon mes règles. Peut-être alors que je me sentirai enfin moi-même, si toutefois, j’arrive à savoir qui je suis.

 

 

 

Et lorsque je pleure, je ciel pleure avec moi.

 

          Mon âme n’a finalement jamais su s’accoutumer à ce monde qui n’a aucun sens. Les humains se lèvent chaque matin sans même essayer de comprendre ce qu’ils font là, d’autres n’ont de cesse de se poser la question. Quel est donc le but de la vie sur Terre ? Pourquoi ai-je l’impression d’être spectatrice d’une existence inutile, fantôme ? Je me dis que disparaître serait une forme de liberté. Je préfère mourir libre plutôt que de vivre avec des chaînes. Car c’est ce qu’a aux pieds la plupart d’entre nous. Condamnés à se lever chaque matin pour alimenter une vie aliénée par un système corrompu. « Il faut bien travailler » disent-ils. Selon qui ? Vous croyez que le monde est né avec ce système de pensée ? Où pensez-vous qu’il a été créé de toutes pièces afin d’asservir des milliers de personnes dans un but lucratif et personnel ? Mais ils sont doués, eux, ceux qui ont créé cela. Ils arrivent à nous faire croire que tout est ainsi, que nous sommes faits pour exécuter une liste de tâches aliénantes et sans but toute la journée pour remplir un frigo qui, à la fin du mois ne le sera qu’à moitié car travailler ne suffit plus. Mais toujours à l’instar de cette grenouille dans la casserole, nous sommes ensuqués et nous mourrons avant même de nous en rendre compte. Et nous pensons que c’est normal, nous en sommes même fiers. Car « le travail, c’est la santé ». Parlons-en tiens ! Mais plus tard. Le pire dans tout cela, c’est que nous sommes contents de travailler dur et de souffrir pour remplir la poche d’un autre qui ne nous considère pas, car pour nous, ainsi va le monde. C’est d’une logique imparable. Mais qui a décidé de cela ? Et encore une fois, selon qui ? Les quelques nigauds qui ont compris qu’avec la peur et les jeux, ils tiendraient des populations entières ? Pas si bête que ça, après tout.

« Qu’est-ce que tu veux faire Emma ? C’est la vie » Pas selon moi.

Mais moi, de toute façon, je suis anarchiste ! Voilà ce que j’entends, parce que cette conception du système je la trouve bancale, alors je suis encore cataloguée. Regardez autour de vous. Vous voyez des gens heureux ? Ils sont épuisés. Et quand je pose la question : « Que ferais-tu si tu gagnais à la loterie », ils répondent sans hésitation : « je démissionne sur le champ et je fais ce qu’il me plaît ».

Comment arrive-t-on un jour à se résigner d’avoir une vie si grise que l’on arrive plus à donner un sourire ? À se dire que nos jours sont consacrés à perdre notre temps pour des imbéciles qui nous font croire que nous sommes là pour ça ?

Et après c’est moi que l’on regarde de travers. Comment les humains peuvent-ils vivre avec ces chaînes ? Et s’ils n’ont pas le choix, cette vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Pour les petits moments agréables me direz-vous. Mais s’ils sont trop peu nombreux en comparaison du poids des chaînes, cela en vaut-il toujours la peine ? Car finalement, mon existence telle que je m’en souviens était bien plus fun quand j’étais ailleurs qu’ici, et puis, que peut-il y avoir de pire que Terre ? Je ne sais pas..

Parfois je m’arrache les cheveux à essayer de comprendre comment tout fonctionne encore alors que tout est si mal fait. À me demander pourquoi j’ai bu ma liqueur cul sec et balancé mon ancienne vie dans la gueule du conseil pour partir à l’aventure. CATASTROPHE !

Je regrette amèrement ce choix chaque minute de chaque jour. Et si pouvais repartir sans avoir à me soucier de qui je laisse derrière moi, je le ferai. Mais plus le temps passe, et plus mes humains proches prennent de l’importance. Je sais bien que je les reverrai quand ils auront eux aussi terminé leur voyage, ou à tout le moins, ceux qui sont prêts à rentrer. Car tous ne le sont pas. Ils passeront encore beaucoup de temps ici-bas ; des vies et des vies. Pour ma part, j’ai déjà décidé de faire mon rapport à la Grande Assemblée en stipulant que PLUS JAMAIS, Terre.